Je vais m’affaiblir, et aller vers l’ouest

  • Le crépuscule des mots

    Tous, nous nous sentons parfois investis de la mission sacrée, qui est de couvrir l’abysse d’une tapisserie de symboles. Il nous arrive de dire que la nature a horreur du vide, mais la « nature » n’est vraiment que l’instance particulière de ce pas rien qui s’est constitué – nous.

    Pourquoi craindre l’abîme ? Pourquoi craindre l’oubli ? Pourquoi cette terreur à la pensée d’être dévorés – par l’espace ou par le temps ?

    Il y a la suprématie reptilienne de préserver son souffle. « Survivre », au contact des mots, c’est craindre la mort. Craindre la mort, c’est la fuir, ou la combattre. A partir de là, Dieu, la science.

    Le même sensible, réduit au symbole, néglige l’espace à l’intérieur du chateau de cartes des idées qui se propagent, disparaissent, s’amplifient, se renouvellent, d’une génération à une autre.

    Nous attribuons notre crainte – la mortalité – à la chair. Et nous séparons d’elle l’esprit. La chair se décompose. Mais l’esprit, électricité, se transmet ; il est constamment en mouvement, il survit en passant d’une chair à une autre. C’est lui, notre dieu. Nous lui construisons sa cathédrale de silicium.

    Nous nous cachons en ses concepts, nous scions notre nature, à l’aide des mots. Nous oublions les prémisses : nous ne sommes pas les symboles.
    Nous sommes ce qui est traversé par eux.

    Préserver, sanctuariser les symboles, ce n’est pas échapper à la mort. La vie n’échappe jamais à la mort. La vie est la mort. La division n’existe que dans la discrétion des mots.